Si Laurence Sterne, l’auteur de cette citation, prend sa place dans ce blog aujourd’hui, c’est parce qu’elle fait écho à mon parcours scout actuel ; après beaucoup d’aventures scoutes, la situation actuelle me laisse incertain sur l’issue de l’investissement que je consacre au du groupe.
Là où les uns ont passé deux mois de vacances, j’ai pu vivre beaucoup d’expériences scoutes et un enrichissement, une fois n’est pas coutume, conséquent !
Le camp a été une source d’excitation mais aussi d’appréhension : la première fois que j’en dirigeais un ! Nous sommes partis avec une autre peuplade, celle du Plessis, car nous ne pouvions pas partir seuls (fautes de jeunes, beaucoup ne pouvant pas partir à ce moment-là), mais surtout que la rencontre pouvait s’avérer enrichissante ! Et elle le fut.
je crois qu’il s’est bien déroulé, avec ses hauts et ses bas. Nous avons subi beaucoup de pluie, dû annuler plusieurs veillées et activités. Il se dit que ce sont les chefs qui subissent le plus le mauvais temps dans ce cas-là, et c’est bien vrai, je confirme. Le moral, quant à lui, est resté haut pendant la pluie, mais a connu aussi ses instants de déroute, surtout au début… quand les parents des jeunes manquaient, et que les chagrins étaient visibles et très communicatifs.
Par l’accent mis sur la progression personnelle, la vie spirituelle et chrétienne et la vie des deux groupes, les jeunes ont eu l’occasion de vivre beaucoup d’expériences, qui, je l’espère, resteront avec un souvenir positif. Du côté de la maîtrise, nous étions cinq. Il a été très intéressant de pouvoir réunir des personnes d’horizons et d’âge très diverses, autant dans la manière de bâtir un projet pédagogique commun (surtout quand deux de ces chefs ne faisaient partie ni de la VDR, ni du Plessis) et de faire en sorte que les caractères s’accordent pour le bien-être des jeunes, ce qui a plutôt bien fonctionné ! Cela a failli trop bien fonctionner d’ailleurs, et nous nous sommes quelquefois dangereusement rapprochés d’un camp « pour la maîtrise » et non d’un camp « pour les jeunes » (après, beaucoup d’éléments concrets viennent réfuter cette assertion, je me contente donc d’attribuer donc cette impression à la bonne entente qui régnait dans la maîtrise. C’est une des clefs d’un camp réussi, après tout !).
j’ai beaucoup aimé mon rôle de directeur, même si, malheureusement, cela a impliqué de passer moins de temps avec les jeunes. je tiens en tout cas à mettre en valeur le remarquable investissement des autres chefs et cheftaines, qui se complétaient idéalement et ont fait de ce camp ce qu’il a été.
j’ai expérimenté ma volonté de faire des projets un peu élaborés et la réalité du terrain, signe que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir. je peux prendre comme exemple la rencontre inter-mouvement que je voulais organiser et que je n’ai pas pu mener faute de scouts présents dans les environs, ou la messe à laquelle j’avais voulu que l’ensemble de la paroisse locale participe, mais qui n’a pas porté ses fruits. Quel dommage !
Mais c’est surtout signe qu’avant de se lancer dans des projets plus péchus, il faut savoir assurer les bases, surtout avec des enfants de huit à onze ans. Le scoutisme, c’est simple, et ça prend déjà du temps. Bien manger, bien dormir, faire en sorte que les jeunes s’amusent, vivent dans la nature, soient en sécurité, et qu’ils soient éduqués selon la méthode scoute, est déjà un travail colossal.
Et ce sont souvent les choses les plus simples qui sont les plus difficiles. j’ai eu la chance, sur ce domaine, d’avoir un peu d’expérience préalable, de bagage, de formation, de passif (contrairement à quand j’ai récupéré la position de chef d’unité il y a deux ans), mais je vois que je tiens encore mon rôle d’une manière très scolaire, surtout quand il s’agit de questions légales, de salubrité, sanitaires, administratives etc. je n’ai de toutes façons pas tellement le choix, même si la première règle, dans ces questions, reste le bon sens.
j’éprouve quand même de la déception à l’égard des ambitions que je nourrissais pour les jeunes ; je pourrai voir aussi le verre à moitié vide, et constater que les trois objectifs éducatifs qui ont été définis pour le camp (consistant à mettre l’accent sur la progression individuelle, la vie spirituelle et chrétienne et la réussite de la vie de groupe par la découverte et l’harmonie entre les deux groupes) n’ont pas été forcément plus creusés que ça.
A travers ce rôle de directeur, enfin, j’ai expérimenté plus avant la position de décideur, et j’ai adoré ça. Le style de « management » que j’ai adopté a bien fonctionné et je compte bien continuer dans cette voie.
Globalement, le camp a connu des hauts et des bas. De très fortes expériences, très émouvantes, comme par exemple l’engagement de chef que mon co-chef a fait après la veillée promesse. Le mail que nous avons reçu d’un des parents après le camp, qui nous a beaucoup touché également, le genre de mot qui justifie à lui seul tout ce qu’on fait pour les scouts (et cela n’arrive pas si souvent !). Les chefs extérieurs au groupe, qui ont tant donné et tant apporté, « sans attendre d’autre récompense… ». Le fait d’avoir réussi à intégrer une des jeannettes (un peu grande) très difficile, complètement hermétique, méchante et insolente au début du camp, et géniale à la fin, qui ne voulait plus partir… et qui s’était autorisée à redevenir une enfant, le temps du camp.
Mais aussi des souvenirs moins bons. Un louveteau qui a terminé son camp isolé, que nous n’avons pas laissé sur le carreau mais que nous n’avons pas réussi à ambiancer. Des jeunes qui se disaient entre eux que « l’année prochaine, j’arrête parce que je n’aime pas le camp, mais je ne le dis pas aux chefs ça va les rendre triste » (cette réflexion m’a vraiment bousillé).
Mais le mieux, comme toujours, et cela va me manquer puisque c’était le dernière expérience louveteaux que je menais, c’était de se faire réveiller au petit matin par les « piaillements » des enfants, de donner leur importance aux petits drames quotidiens des jeunes (les « dramelets »), mais leur faire prendre du recul… voir les jeunes grandir, tellement changer en une semaine ! Les voir opérer, quelque fois, un demi-tour à 180° dans leur personnalité, voir les troisième années faire leurs derniers instants louveteaux et prendre un bout de temps, au coin du feu, pour faire un retour sur ce qu’ils ont vécu…
Et dire au revoir à celles et ceux qui restent, leur souhaiter bonne route, peut-être à dans un an… en espérant qu’il y aura une maîtrise louveteaux-jeannettes à la VDR pour relayer.
j’ai vraiment aimé me positionner en tant qu’éducateur, en espérant avoir mis au service, du mieux que je pouvais, toutes ses facettes, autant administrateur qu’animateur, autant rigoureux que convivial, autant attentionné à la progression personnelle et au bien-être de chacun qu’à l’ambiance générale et à l’émulation de groupe. je ne peux pas dire si je l’ai réussi, mais je l’espère sincèrement. Le camp est un marathon, où les heures de sommeil se comptent, où le travail et la vie en plein air font oublier la fatigue, où la maîtrise pousse ses limites physique et quelquefois, ont besoin de soutien pour ne pas craquer. Dieu merci, cela ne nous est jamais arrivé.
La deuxième partie de mes vacances à été consacrée
à mon engagement au jamboree
scouts-guides Vis Tes Rêves en
tant qu’équipier de service, c’est à dire que j’ai été, parmi
300 autres, les petites mains qui ont contribué à rendre le jamboree
possible. Beaucoup d’expériences aussi pendant ce jamboree, de
rencontres. Par exemple, la rencontre avec des cheftaines du mouvement
des Scouts Musulmans de France,
avec qui j’ai gardé contact, avec le commissaire des
Eclaireurs et Eclaireuses Israélites de France que j’ai enfin
rencontré, après tout ce que j’ai lu de sa plume sur les forums, ou
plus simplement des équipiers de service, tout comme moi, dont
l’intelligence, la sympathie et la culture m’a laissé de très bons
souvenirs (nous avons, entre autres, partagé des délires assez
intenses, signe pour moi d’une expérience scoute réussie
Passer quinze jours à être une petite main au service du jamboree, c’est chouette parce que cela permet de voir l’envers du décors et se dire que l’on est vraiment utile à quelque chose, même si cela réduit les possibilités de prendre des décisions à zéro. N’avoir aucune responsabilité, au bout d’un moment, c’est ennuyeux, j’irai même jusqu’à dire que c’est démotivant.
Il est quand même très agréable de vivre cet esprit de confiance et de fraternité qui régnait entre les équipiers de service. Cette esprit étant fondé par le désir commun de bien faire notre travail, et l’humilité.
Michel Menu, dans son livre le C.P. et son gang, écrivait :
Même si elle n’est considérée que comme une sorte de service artisanal, la B.A. n’est jamais mesquine. Peut-être paraît-elle ridicule au temps des services nationaux et internationaux, mais elle est comme un signe de vocation. Elle prédispose.
C’est avant tout l’occasion de voir que quelque soit l’ingratitude de la tâche à faire (et je suis loin d’être le plus à plaindre dans ce domaine, pensons à ceux qui étaient à la sécurité ou à la déchetterie), il faut quelqu’un pour le faire et que la personne qui le fait bien est tout autant respectable que le cadre qui supervise une tâche critique, et qui quelquefois se prendra très, très au sérieux. Il n’y a pas de sot métier, seulement de sottes personnes.
Sottes personnes qui quelquefois se complaisaient et s’autocongratulaient ad nauseam, tout en plaçant, de ci-de là, quelques réflexions bien éloquentes sur leur état d’esprit et la vision des « grouillots » (« Ça va, tu t’amuses bien avec ton tout petit rôle dans ton tout petit village ? »). Heureusement, cela ne concerne qu’une minorité, tous les cadres et les BBR ne se sont pas comportés de la sorte.
L’évènement, en soi, fut une belle réussite de bout en bout, à l’exception de la seconde veillée qui fut noyée sous la pluie… j’en retiendrai beaucoup de souvenirs, d’expériences, de rencontres. Mes moments préférés ? Quand je passais de village en village dans mes temps libres, à être littéralement au cœur du jamboree, parmi les scouts et les guides, et les voir vivre leur vie. Me laisser aller dans la marée bleue, donner un coup de main de temps à autres, être observateur au plus près des jeunes. Discuter chapeau avec deux jeunes sur le coin d’un chemin, aller taper la discute avec les différents chefs et groupes à travers la France avec qui j’ai des contacts (ça prend du temps de tous les trouver !), et surtout, rencontrer mes futurs jeunes de l’année prochaine.
Le coin de la VDR ne payait pas de mine et me laissa inquiet, tout comme l’état de la tribu l’année prochaine. je compte sur la dynamique apportée par l’afflux plutôt massif des anciens louveteaux l’année prochaine.
Car cette nouvelle année qui débute laisse place à une nouvelle donne dans le groupe : les RG s’en vont, il n’y a plus de maîtrise louveteaux-jeannettes. Pour ma part, je passe aux scouts-guides, mon co-chef de toujours quitte les scouts (il sera quand même présent « pour les week-end et le camp ») et j’en ai recruté un nouveau, venu de Paris, que j’ai connu durant mon stage tech. Une autre personne, sur lequel j’ai peu d’informations mis à part le fait qu’il sera plus âgé, a manifesté son envie d’être chef (youpi !), et les pionniers sont encore moins nombreux que l’année dernière. L’autre point critique étant le départ des RG, point névralgique du groupe, première ressource indispensable. j’ai beaucoup d’expectations concernant le futur nouveau (ou nouvelle) RG, beaucoup d’attente. La première étant qu’elle ait un réseau. Malheureusement, aucune personne ne s’est pour l’instant manifestée. S’il n’y a pas de nouveau RG, le groupe s’arrête, et mois je vais scouter à Paris. Fin de l’histoire. Si le groupe veut continuer, il faut que les actuels scouts-guides vivent leurs années bleues, puis rouges : vaste défi, quand on sait que c’est dans ces deux tranches d’âge que partent 60% des anciens louveteaux-jeannettes. Cette donnée me terrifie (bien sûr que je m’approprierait les éventuels départs comme des échecs personnels, on ne me refait pas) mais me donne en même temps encore plus de motivation pour me défoncer et envoyer du pâté, surtout dans l’animation et la volonté de redonner au groupe une dynamique et une culture.
Si le jeu scout comprend, dans ses fondamentaux les plus forts, la vie en équipes, alors cela explique peut-être les difficultés que les scouts-guides ont connu jusqu’à présent dans mon groupe : tout simplement une faute d’effectif. Quand on est moins de 10, on ne peut pas faire grand chose et le jeu des équipages est un peu biaisé (un équipage de 6 garçons et un équipage de 3 filles…). Mais j’ai énormément de curiosité, d’impatience, d’appétence à découvrir cette nouvelle tranche d’âge, quitter les grands enfants pour aller à l’aventure avec les jeunes ados. j’ai potassé tout l’été (entre autres) pour intégrer la péda, les usages, comprendre le fonctionnement et les centres d’intérêt de cette tranche d’âge. Passé beaucoup de temps à réfléchir sur ma future façon d’être, mon style d’animation, le fond et la forme des activités que j’allais proposer aux jeunes.
Le groupe est maintenant dans une position critique, qui peut aller vers le bien mieux comme il peut aller vers le bien pire : la branche bleue sera majoritairement composée d’anciens louveteaux qui vont attendre quelque chose de nouveau, ainsi que les « anciens » dont j’aimerai vraiment connaître leur passé scout pour leur présenter quelque chose de nouveau et d’attractif, si je vais introduire un clivage dans leurs habitudes, mais surtout si je vais correctement accompagner leur éducation, et si je vais suffisamment les accrocher pour faire décoller ce fichu groupe.
Il est dit que les scouts-guides sont les plus exigeants en matière de qualité d’animation, que l’imaginaire à destination des bleus est le plus difficile à construire, compte tenu du fait qu’ils sont beaucoup moins naïfs que les louveteaux mais que leur jeune âge exprime tout de même besoin de vivre une histoire, d’un support imaginaire pour rêver, d’un rôle à jouer, d’une raison pour se lancer dans une aventure. Et je ne parle pas ici du rôle qu’ils ont au sein de leur équipage. Mais surtout, l’imaginaire sera là pour les faire rêver. j’espère sincèrement que je serai à la hauteur. Ma plus grande inconnue sera le fait de réussir à concilier les garçons et les filles sur le projet, les activités communes et l’ambiance, à un âge où ils changent si vite et où les sexes se différencient tant.
Du côté de la branche louveteau-jeannette, je sais maintenant que j’aurai pu faire beaucoup mieux. L’expérience répond maintenant à des questions et des problèmes auxquels j’ai été confrontés il n’y a pas si longtemps que ça. j’espère pouvoir transmettre correctement ce que j’aurai appris si des chefs louveteaux-jeannettes en ont besoin, (je leur ai même déjà préparé un dossier de suivi) !
La prochaine expérience forte est mon départ, lundi prochain, pour un raid goum dans le désert des Causses. Huit jours sans portable, sans montre, sans réveil, huit jours où je ne sais pas ce que je vais vivre, tout en sachant que, délesté du superflu, je vais apprendre sur moi-même et sur les autres…
Reste à savoir si je suis dans la persévérance ou dans l’obstination. Ça ne dépendra pas que de moi, mais je serai à coup sûr un acteur de la réponse.